lundi 29 septembre 2008

Opposition inégale

Il regarde ses mains qu'il ne reconnaît plus. Le sang dégouline et il ne sait plus à qui il appartient. Il essaie de serrer les poings mais en vain. Il n'a de cesse d'essayer mais n'y arrive pas. La violence des coups a été telle qu'il s'est vraisemblablement massacré les deux poignets.

Il n'a jamais senti autant de violence et de haine émaner de lui. On le connaissait timide, passif, toujours dans son coin, ne répondant nullement aux provocations. Lui aussi se voyait de la sorte. La bête enfouie très profondément au fond de ses entrailles a émergé l'espace de quelques instants pour terrasser le petit bonhomme plutôt calme et posé qu'il était.

L'adrénaline masque chaque soupçon de sensation douloureuse qu'il devrait ressentir. Il se surprend à vouloir assainer une nouvelle ribambelle de coups à son assaillant. Ses poignets en miettes ne le lui permettent pas. Il refuse d'abdiquer et lâche ses deux mains sans vie, instruments de sa terrible fureur, sur un visage déjà terrassé qui n'avait rien d'humain.

L'os malaire fracassé, l'arcade sourcilière éclatée, des empreintes de phalanges partout, le bilan ne va pas tarder à s'aggraver car le voilà qui recommence de plus belle. Sentant ses deux mains qui pendouillent au gré des mouvements qu'il imprime à ses avant-bras, il ne tarde pas à remarquer qu'il ne fait désormais plus qu'effleurer sa cible. Il se lève alors d'un bond et lance des coups de pied assassins vers une cage thoracique soulevée péniblement par des poumons qui ont du mal à se remplir d'air.

Soudain, il s'arrête sur sa lancée. Il est à bout se souffle. Il n'en peut plus. Fatigué serait un euphémisme pour décrire son état. Littéralement agressé par un épuisement qui s'est longtemps accumulé avant qu'il n'en prenne conscience, il s'allonge sur le dos pour reprendre des forces.

Deux minutes sont passées et le voilà qui se lève tant bien que mal. Jetant un coup d'œil au colosse dans les vappes qu'il a massacré, il ne tarde pas à remarquer qu'il respire encore. Il pourrait bien finir le travail mais l'once de moralité qui lui reste l'en empêche. Il reprend alors son bonhomme de chemin. Il sait que cette nuit sans lune a couvert de son voile noir ce déchaînement de violence.

Comment a-t-il pu en arriver là? Pourquoi l'autre ne s'est-il pas contenté de son portable qu'il lui a donné sans broncher? Pourquoi a-t-il fallu qu'il manque de respect à sa défunte mère avec ces insultes gratuites? Finalement, bien fait pour lui. Il l'a bien mérité. Il n'y a pas de regrets à avoir.

7 commentaires:

mariouma a dit…

je découvre; extra!
bonne continuation.

salma a dit…

Enfin, l'article tant attendu!
Bien qu'il soit un peu trop violent à mon goût, mais l'attente en vaut bien la peine :)
J'aime beaucoup ton style littéraire Mourad que j'arriverais à reconnaître parmi mille écrits.. Chapeau l'artiste :)

mariouma a dit…

dans la même veine, tu viens jouer à écrire un texte à plusieurs? :)
http://tinyurl.com/3nwkde

Mourad a dit…

merci mariouma. pour le texte à plusieurs, c une idée très intéressante. je serai content de participer
merci Salma. ça résume tout, tu trouves pas :)?

mariouma a dit…

je viens de lire ton commentaire.
il est encore temps de t'ajouter.
le veux-tu encore?
http://marioumadebariz.blogspot.com/2008/09/la-file-indienne-ils-continuent-le-jeu.html
tiens moi au courant meme par mail si tu le souhaites.

mariouma a dit…

c'est bon, tu es le num 10. bienvenu!

Blue Dreamer a dit…

super post. chapeau l'artist. et puis vive la vendeta!