mercredi 18 mai 2011

Mme la ministre

Je suis interne en médecine. Cette fonction, hélas, a perdu de sa splendeur. Mes camarades et moi nous y sommes résignés, à notre grand désarroi.

Quand on me somme d’aller chercher le bilan biologique d’un patient, de façon directe ou indirecte, ce que je m’empresse de faire, c’est mon cœur qui saigne tout le long du trajet. Quand je passe une garde éreintante et qu’on me crie dessus le lendemain pour une broutille que je n’ai pas eu le temps de faire vu que j’étais débordé, j’ai envie de tout envoyer valser. Quand un sénior passe ses nerfs sur moi juste parce que je me trouvais là et qu’il me traite de tous les synonymes d’incompétent , moi qui me suis donné à fond pour ses patients qui me sont affiliés, ça me révulse et m’ulcère, mais je reste muet.

Je reste muet. Nous sommes tous jusque-là restés muets. Hiver comme été.

Mais le jour où on va parler…

Mme la ministre, ne nous tentez pas. Vous allez le regretter.

mercredi 9 juin 2010

Bénie soit la censure

Mes chers frères et mes chères soeurs, bénissons la censure. Bénissons-la et ne soyons guère ingrats. Soyons-lui redevables de ce qu'elle nous donne comme limites à notre pensée ô combien déficiente et outrancière. Cantonnons-nous à l'espace exigu mais suffisant tracé par les murs qu'elle élève chaque jour encore plus pour nous empêcher de voir ce qu'il y a dans le vaste monde où fleurissent des idées libres corruptrices et malveillantes. Glorifions la pensée unique et louons le paternalisme idéologique, mais pour cela reconnaissons notre infériorité spirituelle et intellectuelle face à ceux qui ont la grandeur d'âme de nous montrer le droit chemin et nous empêcher d'en dévier, êtres manipulables et labiles que nous sommes. L'information officielle est l'information juste, ne cherchons pas ailleurs car nos pères penseurs nous l'interdisent. Soyons conscients de notre immaturité à choisir, sélectionner et trier, laissons les experts en la matière le faire à notre place. Grande est la censure et grands sont nos censeurs. Il n'y a rien de plus grand... Peut-être quand même... l'auto-censure. A ce sujet, il y a bien un moyen de participer à ce noble dessein qu'est la censure. Si on ne peut pas censurer les autres (action réservée aux plus doués d'entre nous), censurons-nous nous mêmes. Ne laissons guère nos doigts vagabonder à leur gré et à tort sur les touches minées d'un clavier alphanumérique à la séduction vile exercée par le biais d'un nombre trop élevé de choix de touches. Choisissons tout au plus trois ou quatre adresses web dignes de confiance à visiter. Le superflu des sites vidéo et leur laisser aller quant aux images indignes exposées au regard fourbe de ceux qui s'adonnent à leur visionnage impose une auto-censure radicale et absolue. Enfin, oublions cet outil diabolique qu'est le proxy et laissons-le à quelques inconscients marginaux.
Vivons notre époque, subissons "sereinement" la censure

Sérénité

Mon esprit se vide
Je ne pense plus
Claire et limpide
La vérité est enfin apparue

Je suis nostalgique
D'une époque révolue
Une époque tragi-comique
Qui hélas ne reviendra plus

Je vis une vie somme toute ordinaire
Elle ne le sera pas demain pour moi
Mes souvenirs me diront qu'elle était extraordinaire
Et sa seule mémoire emplira mon coeur de joie

J'oublierai les rancoeurs
J'oublierai les douleurs, enfin
Je n'en garderai que le meilleur
Et à cette idée je me sens déjà serein

lundi 27 juillet 2009

Fumer, l'éternel plaisir

Le rituel est le même, identique, rien ne change mais on ne s'en lasse jamais. On sort la cigarette du paquet. C'est toujours la troisième cigarette en partant de la droite ou de la gauche de la première rangée qui y passe. Etant la plus facile à extirper, on parvient à ce faire de la plus aisée des manières. La cigarette du milieu, celle la plus à droite ou la plus à gauche demande beaucoup plus d'habileté et de dextérité, mais on finit presque toujours par abandonner. C'est l'impatience qui veut ça, l'impatience d'allumer le plus vite possible ce petit bout de plaisir. Ce dernier roule subtilement de la pince pouce-index qui l'a retiré du paquet au ciseau index-majeur qui le met dans les meilleures dispositions pour faire le travail. On porte la cigarette à la bouche et les lèvres se saisissent de l'objet tel un piège qui se referme sur sa proie d'une façon aussi particulière qu'indescriptible. La flamme jaillit et allume le bout à la premiére bouffée. Ce bout de cigarette prend toutes les nuances de rouge à mesure que l'on inspire atteignant un rouge éclatant en fin de bouffée incitant vivement à expirer. La première bouffée n'a nulle pareille. C'est celle qui brûle le plus la gorge quand on est jeune fumeur et la plus docile et clémente quand on est un vieux de la vieille. Toutes les bouffées qui suivent sont machinales, rythmées par un tempo personnel qui sied à chaque fumeur. Le plaisir grandit, les récepteurs de la nicotine au niveau du cerveau, connus pour leur intransigence, sont apaisés par le flot de cette substance qui n'a jamais été aussi abondante. L'envie de fumer si vive et si coriace du début disparaît lentement mais sûrement. Cédant finalement, on écrase le mégot, reste d'une cigarette consumée jusqu'au bout sans coup férir. On est de nouveau d'aplomb. On se dit presque: " à la prochaine". Et la prochaine ne se fait pas trop attendre.

samedi 25 juillet 2009

"Chez nous"

Je ne trouve pas de mots. Et ces mots que j'écris sont loin de la réalité. Tellement loin. Si je me risque à dévoiler quelques aspects de quelque vécu, je vous assure que ce vécu fera à coup sûr s'il était écrit par autre que moi ayant un plus grand talent un récit merveilleux. Les mêmes visages, les mêmes murs, les mêmes habitudes, les mêmes attitudes, les mêmes rituels, tous les jours, tout le temps, prennent soudain un autre sens. On se dit secrètement , et l'autre comprend, que même si on est bien, on aimerait que les choses changent. Pour une fois, qu'elles changent pour l'amour de Dieu. J'ai obtenu, non que je le méritais particulièrement, que les choses changent l'espace de quelques instants, des instants pour la plupart volés, et l'autre comprend. Une lumière alors surgit comme je ne l'attend guère et suffit à redonner de l'éclat à ce qui autrefois semblait terne, et l'autre comprend. On devient accro, on se refuse à accepter que ce n'était que fugace et on fait tout pour prolonger l'improlongeable quitte à y laisser des plumes, et l'autre comprend. Tout ce qu'on détestait, ce qu'on rebutait, ce qui dégoutait, on s'en empare, on se l'approrie s'il nous aide à accéder à ce qui est devenu désormais indipensable, et l'autre comprend. L'endroit qu'on haïssait le plus devient comme par magie un "chez nous"..., et l'autre comprend... L'autre a toujours tout compris.

Je ne mérite pas un titre

J'ai faim, j'ai soif, j'ai chaud, je souffre, j'ai sommeil, je ne suis plus sûr du fait que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ce qui ne me tue pas me frappe au ventre, m'arrache une douleur inimaginable, m'inflige une terreur inouïe, me met plus bas que terre, me transperce de part en part. Les larmes, parlons-en. Elles devraient être exceptionnelles, mais quand elles sont sollicitées tout le temps, pourquoi en faire un fromage. Je crie, je hurle, je m'égosille, je n'en peux plus. Délivrez-moi de cette absurdité, délivrez-moi de ce néant qui m'entoure. Je ne suis plus rien. Je suis l'ombre de moi-même si jamais un "moi-même" ait un jour existé. J'ai honte, je ne crierai plus jamais victoire, je refoulerai toutes mes ambitions, je n'aurai plus de prétention, mais je ne lâcherai rien, je n'abandonnerai pas, je continuerai à marcher car c'est la promesse faite à moi-même que je tiens encore, je dois m'habituer au brouillard car c'est la seule vision claire que j'ai, quand j'aurai un genou à terre, je ne m'écroulerai pas, je me relèverai comme toujours et advienne que pourra. Je suis toujours moi-même mais en plus réaliste, car le réalisme, il n'y a que ça de vrai, bien que je sache que l'idéalisme c'est la vraie beauté.

mardi 27 janvier 2009

L'espoir m'a fait vivre ...

L’espoir fait vivre mais l’espoir n’a rendu personne heureux. Périssable est cet espoir quand il reste inassouvi. Lorsqu’il n’y a aucun signe du destin, pourquoi espérer quand rien n’incite à l’espoir ? Notre époque est parfois d’une telle cruauté, s’acharnant à créer des monstres de réalisme et de cynisme. Pourquoi rêver quand on n’a pas les moyens de rendre concret ce qui est abstrait ? Pourquoi se tourmenter par des ambitions qui sont la plupart du temps démesurées ? Pourquoi l’idéal qu’on fabrique est très loin d’être à portée de main ? L’espoir est dès lors placé dans un moule de réalisme qui le tue à petit feu, la vie est alors subie et non plus vécue.

On renaît de ses cendres, on vit pour la toute première fois, l’espoir n’a pas été vain. L’espoir a fait vivre celui qui ne s’en est pas détaché, qui a tenu bon et qui a résisté contre vents et marées, et puis s’est évanoui cédant sa place au bonheur, celui-là, tant attendu.

L’espoir m’a fait vivre et un beau jour m’a quitté. Ne me demandez pas comment j’ai pu parvenir à ce degré de bonheur que je ressens maintenant, ce serait trop long à relater, et ce petit texte ne se veut guère exhaustif. Je veux dire que la recherche du bonheur est avant tout une quête personnelle. En ce qui me concerne, j’ai bien été aidé par un concours de circonstances et surtout, par une personne qui m’est très chère. Si je suis heureux, c’est grâce à elle. Chaque mot, vous le comprendrez d’une façon, elle le comprendra d’une toute autre vu que, cette histoire, qui n’est pas finie, elle l’a vécue, ou plutôt NOUS l’avons vécue, ENSEMBLE.